319  Si il vous plait madame, répondez-moi de Marie-Laure Désideri 


 Si il vous plait madame, répondez-moi de Marie-Laure Désideri ,52′,

Note d’intention des réalisateurs

A chaque nouveau projet se posent toujours deux mêmes questions. Pourquoi ce film ? … Et pourquoi nous ?

En quoi l’histoire de jeunes femmes immigrées polonaises dans l’Indre et Loire des années trente nous interpelle ? Pourquoi vouloir la sortir de l’oubli ?

Il s’agit ici d’une double discrimination qui nous touche : être femme et immigrée. Elles sont victimes d’exploitation, d’humiliation, d’isolement, de chantage, de harcèlement et quelquefois de

viols ; le parcours de ces jeunes filles résonne étrangement à nos oreilles aujourd’hui. Quant à Julie Duval, assistante sociale au « Comité d’aide et de protection des femmes immigrantes »,

totalement engagée auprès d’elles dans la défense de leurs droits et de leur dignité, son travail fait écho au combat actuel de nombreux militants de la société civile.

À la deuxième question, pourquoi nous ?

Nous-mêmes petits-enfants d’immigrés italiens, les histoires d’exil nous fascinent, elles sont empreintes d’imaginaire et, qu’on le veuille ou non, nous renvoient souvent au manque et à

l’absence d’ancrage familial. C’est sans doute un bon prétexte pour aller dénicher dans le creuset de notre appartenance populaire, de notre mémoire collective, des histoires oubliées que nous redoutons de voir disparaître.

Il est bon de rappeler à beaucoup d’entre nous qui l’avons oublié d’où nous venons : aujourd’hui 25% des Français sont enfants ou petits-enfants d’une personne d’origine étrangère…

En quoi ces documents sont-ils exceptionnels ?

A l’automne 2018, nous avons découvert le travail de trois historiennes, spécialistes de l’immigration, Sylvie Aprile, Maryla

Laurent et Janine Ponty qui ont mis à jour ces lettres poignantes de jeunes Polonaises (toutes âgées d’à peine une

vingtaine d’années) employées dans les années trente comme bonnes de ferme en Indre-et-Loire. Cette correspondance

entre ces femmes et Julie Duval est précieuse à plus d’un titre. D’une part ce sont des femmes, alors que les témoignages

conservés de cette époque sont essentiellement masculins. D’autre part, ce ne sont pas des lettres envoyées au pays

pour enjoliver les situations ou pour rassurer ses proches ; ici, bien au contraire, c’est le récit à vif d’une violente réalité.

Si Julie Duval n’est peut-être pas la seule à avoir occupé ce poste d’assistante sociale dans l’hexagone, c’est en tout cas le

seul témoignage qui nous reste. Avant de quitter son poste à Tours, elle a tenu à archiver tous les documents originaux

ce qui montre à quel point elle avait pris conscience de leur importance et du devoir de les transmettre. Grace à elle, ces

vies laborieuses, son propre engagement à les défendre vis à vis des autorités de l’époque, ont été sauvés de l’oubli. Par

ces écrits et de rares mais très beaux clichés photographiques de Louis Clergeau nous avons eu accès au destin de ces

femmes, dont ce sont les seules traces. Exhumer ces documents exceptionnels, c’est leur redonner une voix, et parfois

un visage. C’est leur rendre justice, dire « ce qui s’est passé » pour « celles qui sont passées».

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